De football et géographie
Un jour de match, César Luis Menotti, le sélectionneur de l’équipe d’Argentine championne du Monde en 1978 sur ses terres, a affirmé que le football était une question de géographie. Selon le mentor de Passarella, Tarantini et Kempes, ce jeu de balle aux pieds est associé à des lieux et l’expertise suprême pour un joueur est de savoir les reconnaître rapidement pour faire le geste juste.
Connaître les lieux, se les approprier auraient une importance capitale dans le football. En effet, une première pensée pourrait nous conduire à dire que les victoires se construisent plus souvent à domicile qu’à l’extérieur.
Mais, à mon avis, Menotti voulait insister sur un type de joueurs que nous qualifierons de “footballeurs géographes”.
Ainsi, le bon joueur de football se distinguerait du joueur moyen par le fait qu’il est un excellent géographe. Certains entraineurs seraient trop simplistes et affirmeraient que ce sport est une action de gagne terrain. Or, c’est bien plus complexe que cela. Le “footballeur géographe”, lui, occupe l’espace du rectangle vert à la perfection et sait le faire au moment idoine. C’est un cartographe émérite. Il sait se mouvoir avec dextérité dans un environnement où les décisions n’aiment pas les tergiversations.
Le meilleur exemple de ce footballeur diplômé en géographie est l’avant centre. On le qualifie le plus souvent d’opportuniste. Non pas qu’il change de maillot dès que le vent tourne ou qu’il le jette au vent à la manière de Mateja Kezman, mais plutôt, comme dirait Dutronc, qu’il est toujours du bon côté. Ce footballeur-là est un roublard et cette roublardise lui vient de son excellente maîtrise de l’espace.

(Un match au Bernabeu vu du ciel façon Yann Arthus-Bertrand)
On le qualifie aussi souvent de tueur, de chasseur de but. Les commentateurs du haut des tribunes affirment qu’il a le cadre (le but) dans la tête. Il peut tirer et faire mouche les yeux fermés. Si cela n’est pas une maîtrise de géographe, alors… D’ailleurs, cette qualité lui permet souvent d’étirer sa carrière plus longtemps que les autres car cette compétence, comme dirait les économistes, lui confère un avantage concurrentiel certain.
Les exemples de ces joueurs sont légions. Dans les géographes de renom, nous citerons pêle mêle: Raul, Trezeguet, Del Piero ou encore Pauleta…
Ces “scientifiques” ne sont pas en général les plus puissants, ni les plus rapides. Les qualités du capitaine du Real ne sautent pas immédiatement aux yeux dès lors qu’on le voit jouer. Et pourtant, il a marqué plus de 300 buts avec le Real (307 exactemment à ce jour comme Di Stefano ou une Peugeot) et est le meilleur buteur de la ligue des champions. Son prochain but sous les couleurs merengues le fera rentrer dans l’Histoire en étant le meilleur buteur du club de tous les temps. Histoire et géographie sont souvent associées…
Ces joueurs ont un sens inné du déplacement qui les amène à être au bon endroit au bon moment. Souvent au Parc, je focalisais mon attention un bon moment sur les faits et gestes de l’aigle des Açores, Pauleta. Il avait, en effet, le don de se faire oublier. Il était à l’affût tout le temps et savait anticiper les erreurs de ses adversaires afin de surgir pour chiper un bon ballon.
David Trezeguet, lui, maîtrise l’espace comme personne. Il a ces petits pas de replacements constants dans la surface afin de toujours être le mieux placer pour scorer. Il sent le but car il sait parfaitement où il se trouve.
Mais là où nos “footballeurs géographes” excellent, c’est dans la maîtrise du hors jeu. Grâce à leur connaissance parfaite de tous les recoins du terrain, ils jouent à merveille un jeu de dupe avec les défenseurs centraux. Ils sont souvent en position irrégulière afin que le stoppeur se détourne de leur culotte. Mais dès qu’ils sentent qu’un de leurs coéquipiers va leur faire une passe dans la seconde à venir, ils se replacent pour revenir au niveau de la ligne de légalité.
Les “footballeurs géographes” ne sont bien entendu pas uniquement des attaquants. Le libéro ou le fameux “4″ qu’Ozibao évoquait précédemment dans ses colonnes possèdent au moins une licence en géographie au vue de leurs différents degrés de maîtrise.
Contrairement aux idées reçues, le footballeur n’a donc pas uniquement comme licence que sa licence de foot.
Ainsi, nous évoquerons peut être plus tard le “footballeurs mathématicien” qui additionne les 3 points, le “footballeur biologiste” qui par ses nombreuses blessures est incollable en anatomie ou encore le “footballeur philosophe” qui argumente à coup de “je crois que bon”…
Flo












J’ai hâte de voir la suite, j’adore!
Clair !!! Moi aussi je suis fan
[…] supérieure en mathématique de la part des acteurs du monde du football. A l’instar des “footballeurs géographes”, le footballeur jongle avec la même dextérité avec les chiffres qu’avec le ballon. En […]