De football et mathématique
L’autre soir, la parole donnée aux français autour d’un bon Pernaud a fait ressortir une vieille affirmation péremptoire du café du commerce : les footballeurs sont trop payés !
Afin de ne pas en rajouter à l’imProglio sur le thème des revenus des plus riches, Ozibao va plutôt vous démontrer que cet état de fait est dû à une connaissance supérieure en mathématique de la part des acteurs du monde du football. A l’instar des « footballeurs géographes », le footballeur jongle avec la même dextérité avec les chiffres qu’avec le ballon. En effet, les chiffres, les stats, les numéros, les nombres font partie du quotidien du footballeur, véritable « footballeur mathématicien ». Une fois leur carrière terminée, la FIFA devrait même leur délivrer une équivalence Math Sup/ Math Spé. Je m’en explique.
Tout d’abord, la semaine du footeux tourne autour des 3 points. En effet, ramener les 3 points est une condition sine qua non pour pouvoir continuer à vivre sereinement. Le « footballeur mathématicien » se réveille parfois la nuit en sueur de peur que les 3 points obtenus la veille lui soient retirés sur tapis vert. Il additionne sans cesse les points des victoires (3) ou des nuls (1), scrute la différence de but de son équipe, le nombre de matchs restant à jouer à l’extérieur avant la fin de la saison… Certains, comme le buteur, ont un goût pour les maths encore plus prononcé. Les chercheurs de but n’osent pas l’affirmer mais un prix Nobel de la discipline leur ferait plus plaisir que l’obtention d’un Ballon d’or. Le buteur, souvent qualifié d’égoïste, regarde son nombre de buts marqués et, de tête, le compare en fonction du nombre de matchs joués. Il applique alors ce facteur à son objectif personnel de réalisations qu’il s’est fixé sur la saison entière. Il maîtrise la règle de 3 autant que les demi-volées. La pression de l’erreur de calcul le taraude car il a parfois annoncé publiquement à l’avance le résultat final de son nombre de buts. Perfides, les journalistes n’oublient pas de le lui rappeler à chaque mauvaise prestation et de lui indiquer qu’il est en retard sur son ratio but/minutes jouées.

(Le chiffre 3 obsède les footballeurs)
Le footballeur est aussi un calculateur averti. Il récite par cœur tout son panel arithmétique dès lors qu’il souhaite changer de club. Pour prendre la tangente, le « footballeur mathématicien » ne s’en laisse pas compter et ne laisse rien à la Probablité. Prime de match, prime à la signature, montant de la commission rétrocédé à son agent, indemnités versées par ses sponsors, salaires, droits d’images, montant de la clause libératoire : retrancher et surtout additionner tous ces postes (pas ceux sur le terrain mais ceux du livre comptable) n’est pas une tâche aisée. Sans aucun doute, le footballeur est un expert en math.

(4, 19, 10, 22 et le numéro complémentaire…)
Une fois le transfert signé, il faut choisir un numéro à floquer sur son maillot : année de naissance, chiffre porte bonheur, numéro de son idole… Cette équation permanente avec les maths est parfois poussée à l’extrême. En effet, le joueur est souvent décrit dans la Presse comme une simple accumulation de chiffres. Un exemple en guise de théorème : « Agé de 29 ans, numéro 2 de formation, ce joueur d’1,78 m pour 70 kg a marqué 3 buts lors de la saison 2008-2009. International de son pays à 63 reprises, il a gagné 3 titres de champions et 2 coupes nationales. Défenseur rugueux, il écopé de 12 cartons rouges depuis le début de sa carrière. Il devrait toucher un salaire brut mensuel de 90 000 euros et le montant du transfert serait de 8 millions d’euros. La durée de son contrat est de 3 ans avec 1 année supplémentaire s’il dépasse les 20 matchs lors de sa troisième année… »Du chiffre, du chiffre, et encore du chiffre… Le footballeur n’est souvent qu’un numéro !
Pour préparer mentalement son futur match, le « footballeur mathématicien » épluche la Presse pour connaître les chances qu’il a de se qualifier au match retour. L’hypothèse est posée, à lui de régler le problème : « sachant que son équipe a gagné à l’aller 1-0 à l’extérieur et que selon les statistiques fournies par l’UEFA sur tous les matchs de Coupe d’Europe depuis la saison 1957-1958, il a 64 % de chances de passer au tour suivant. Parallèlement, les confrontations directes entre les 2 clubs sont pourtant à l’avantage de l’adversaire qui mène 3 victoires à 1. Mais comme les clubs italiens réussissent bien en général contre les clubs français… »Bref, un vrai casse-tête à s’emmêler les crampons et se perdre dans le nombre de passements de jambes. Seul un diplômé ès Math peut garder la tête froide face à ce problème.
Les chiffres ne laissent jamais le « footballeur mathématicien » en paix. Pendant la semaine d’entraînement, son entraineur le prend à part car au vu des statistiques de son match du week end dernier, il a vu un léger fléchissement. Son professeur lui a demandé si tout allait bien car il a parcouru 800 mètres de moins que sa moyenne depuis 3 ans et son arrivée au club. Son pourcentage de passe réussie n’était que de 62 % vs 71% lorsqu’il rend une « bonne copie ». Des heures de vidéo leur permettent de rectifier le tir et de quantifier les causes de cette baisse de régime.
Le match terminé, cela continue. D’une part, en fonction des résultats de la journée, il fait ses calculs pour savoir à quelle place son club se situe dans le classement. D’autre part, le lendemain du match, le joueur se précipite sur son journal sportif préféré pour voir la note qui lui a été attribuée. Sa performance est encore réduite à un chiffre. Un 4 lors d’un match médiocre, un 9 les jours de grâce.
Enfin, pour se faire comprendre des « footballeurs mathématiciens » et pour se sentir moins démunis face à la glorieuse incertitude du sport, les journalistes, eux aussi, doivent étayer leurs propos par des statistiques. Le titre de leurs émissions ne trompent personne : 100% Foot, Stade 2… Courageux, certains conteurs (et non pas compteurs !) du football osent critiquer ce Tout Statistique. Un soir à la Radio, Hervé Mathoux alla même jusqu’à affirmer : « les statistiques c’est comme les mini-jupes, cela donne une idée mais cela cache l’essentiel ».

(Un conteur de Foot…)
Face à cette dictature des mathématiques, il est pourtant difficile de rivaliser et de lutter. Pour cela, je dis BRAVO aux joueurs qui entrent sur le terrain et qui disent au micro qu’ils vont jouer « sans calcul ».
Flo



A Nantes, c’est par dur, on accumule lez zéros. Nombre de buts, nombre de victoires, nombre de bons joueurs, pourcentage de chance de monter à l’étage supérieur, nombre de spectateurs satisfaits, notes des joueurs…
Tout est résumé à ce simple numéro.
[...] On termine la semaine par cet excellent article trouvé sur le blog d’Ozibao, qui montre que finalement, les footeux sont plus mathématiciens que sportifs. L’article est à consulter à cette adresse. [...]
Oh la la, des maths ! J’ai pas tout compris
[...] arrêts de jeu s’éternisent, vous pourrez leur conseiller la lecture d’un ancien post, De Football et Mathématique. Ozibao ne vous laissera jamais [...]
Ce rédactionnel est remarquable et drôle. Bravo et merci de mettre en garde contre le règne dévastateur de la quantité.
T. Belmihoub
merci Tayeb
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