De la simplicité du Football
En lisant cette semaine l’excellent post d’Antoine, il m’est revenu en mémoire une phrase de Johan Cruyff : « J’aime gagner en jouant bien. Et si je perds, je préfère le faire en jouant bien« . Ce disciple de Rinus Michels, le père de la mécanique orange, a aussi déclaré un jour : « le football simple est le plus beau football mais jouer au football simplement est la chose la plus dure« . Pour montrer la difficulté d’atteindre le nirvana du « football simple », les philosophes de ce jeu lui ont attribué le qualificatif de Total. Le « football total » a érigé comme principe fondateur : ce ne sont pas les joueurs qui doivent courir mais c’est le ballon qui doit remplir cette fonction. Il faut faire avancer sans cesse ce que certains nommeront plus tard le « bloc équipe » en possession de ce ballon afin de faire courir son adversaire. Les persifleurs diront que Cruyff a adhéré tout de suite à cette doctrine qui lui a permis de se griller tout au long de sa carrière une petite clope à la mi-temps . Il pouvait être un gros fumeur car c’est le ballon qui courrait…

(« Monsieur l’arbitre, c’est bientôt la mi-temps que je m’en grille une… »)
De nos jours, Guardolia, le metteur en scène du Barca, est l’héritier de ce « football simple » ou du « beau jeu ». Joueur sous les ordres de Cruyff en Catalogne, Pep avait compris tout jeune que l’intelligence de jeu est parfois de trouver la passe simple, même à un mètre de soi, afin de débloquer les situations les plus compliquées. Et la simplicité, cela paye… Pour moi, fan absolu de la Maison Blanche devant l’éternel (Di Stefano), l’année 2009 du Barca avec ses 6 titres remportés (Liga, Coupe du roi, Ligue des Champions, Supercoupe d’Europe, Supercoupe d’Espagne, Championnat du Monde des Clubs) a pour bénéfice de placer la barre très haute pour tous les concurrents des catalans.
Une fois le constat établi de la supériorité Blaugrana, il faut comprendre et ne pas expliquer le succès des petits fils de Kubala par l’arrivée d’un seul Messi. Au gré de mes réflexions perdues sur le sujet, je me suis souvenu d’un terrain d’entraînement non loin du Parc Guell dans les hauteurs de Barcelone.

Il y a quelques années, à l’époque du crépuscule des galactiques 1.0, en tant que résident du quartier populaire de Gracia, il m’arrivait fréquemment de passer près d’un terrain de jeu où des jeunes catalans récitaient leur gamme en vue du match du week end. Je ne manquai jamais de m’y arrêter car il n’y avait qu’un seul précepte : le JEU. Et, il y avait toujours le même exercice qui mettait en valeur le fameux 4 que j’avais évoqué dans un précédent billet. Deux touches de balle maxi et un joueur au chasuble différent des autres était mis en exergue dans le rôle de pivot. Ce joueur avait pour consigne de ne jouer qu’à une touche de balle. Une fois le ballon perdu, il changeait de camp et se retrouvait dans l’équipe qui avait récupéré le ballon. Cela m’amusait de voir qu’à chaque fois, ils faisaient le même entrainement. Je me disais que cela devait être un peu rébarbatif. Mais avec le recul, je comprends que cet exercice répétitif avait qu’un seul objectif: mettre en application le « football simple ».
Notre cher sélectionneur national a des origines catalanes. Je rêve donc secrètement, lors de sa prochaine visite à sa famille restée à Barcelone, qu’il passera devant ce petit terrain à côté du Parc Guell. Et, j’espère qu’il s’y arrêtera. En effet, je suis persuadé que les apprentis footballeurs y font toujours le même exercice…
Flo



à Nantes, dans les bidonvilles, ils s’amusent aussi beaucoup sur des terrains de poussière à réciter les préceptes canaris. Il n’y a plus qu’a attendre une quinzaine d’années…
[...] Avant ce choc, un petit décryptage tableau noir : el toque est un redoublement de passes courtes et rapides rendu possible par la pratique d’un jeu en mouvement. Littéralement, toque veut dire « toucher ». Pour ceux qui aurait pas encore fait le rapprochement ou ceux qui auraient un casque sur les oreilles, au foot, cela correspond au fameux « toucher de balle ». Bref, c’est la simplicité du football. [...]