Des gauchers contrariés
Le célèbre entraîneur belge de l’OM Raymond Goethals avait un principe duquel il ne déviait jamais: faire jouer un gaucher à droite ou vice versa.
Personne ne peut remettre en cause les qualités et la grande expérience de ce technicien hors pair qui a mené le club phocéen à son heure de gloire le 26 mai 1993 en dominant en finale de Champions League le grand Milan AC.
C’était il est vrai un autre football, celui de l’avant arrêt Bosman. Mais à entendre le nouveau sélectionneur de l’Argentine Diego Armando Maradona, la jeu n’a pas connu de grandes révolutions depuis cette époque où lui même était encore joueur.
En effet, selon les dires du Pibe de oro, depuis, on n’a rien inventé d’aussi révolutionnaire que la roue. Le football reste le même. Paolo Maldini n’était il pas présent à Munich en ce 26 mai 93? Alors…
Pour décrire sa phobie, Raymond la science parlait des « gauchers contrariés ». Pour ce clone de l’inspecteur Colombo, un gaucher contrarié est un droitier qui joue sur l’aile gauche.
Ce droitier a donc des difficultés ou lacunes techniques au moment de centrer ou de relancer car sa position n’est pas naturelle. En effet, dans les écoles de foot, les droitiers sont à droite et les gauchers sont à gauche.
Cet état de fait confère aux gauchers à cause de leur rareté un « avantage concurrentiel » au moment d’être couché sur la feuille de match. Je peux en témoigner étant moins même un gaucher.
Comme au tennis, au football, on s’arrache les gauchers car ce qui est rare est cher (leçon une du manuel de l’économie pour les nuls!). En effet, on ne parle pas du pied fort d’un joueur quand celui ci est droitier.
Faisons nous les louanges de Michel Platini ou de Zinédine Zidane en affirmant qu’ils sont droitiers? Le roi Pelé est il devenu roi grâce à son statut de droitier? Non, bien évidemment cela ne nous viendrait même pas à l’esprit !
Par contre quand nous parlons de notre Dieu à tous, nous affirmons que Dieu était gaucho et…gaucher.
Mais revenons à notre propos, les « gauchers contrariés ». Par rapport à l’époque du sorcier belge, il convient de noter que les équipes modernes regorgent de ces anomalies.
En effet, le nombre de droitiers jouant à gauche ne cesse de croître. Cela n’est pas du à une pénurie de vrais gauchers (Lionel Messi est là pour l’attester) mais à l’évolution du jeu qui fait que les vrais numéros 10 à l’ancienne n’existent plus et que l’on essaye d’étirer au maximum les blocs équipe en passant par les côtés.

(Gaucher « contrarié » comme Messi, on signerait à moins…)
L’axe n’est pas pour autant délaissé mais le « gaucher contrarié » peut repiquer plus facilement au centre pour faire aboutir ses actions. Son pied droit lui ouvre le jeu et des angles de tirs plus grands.
Les exemples sont légions et assez représentatifs de l’émergence de la tactique des « gauchers contrariés ». Le FC Barcelone a dominé l’Europe en 2006 avec le droitier Ronaldinho à gauche et le « droitier contrarié » Lionel Messi à droite.
Les trois meilleurs joueurs offensifs français de ces dix dernières années ont affiché très clairement des tendances gauchistes, Zinédine Zidane au Real ou en équipe de France avec son lien préférentiel avec Bixente Lizarazu, Thierry Henry à Arsenal ou au Barça, Franz Ribéry au Bayern.
Karim Benzema aime aussi traîner à gauche. Le futur ballon d’or 2008 (non ce ne sera pas Obama!) Cristiano Ronaldo joue le plus souvent sur l’aile gauche à MU… On pourrait multiplier les exemples.
La meilleure formation des joueurs conforte aussi cette évolution car les grands joueurs sont le plus souvent habiles des deux pieds et leur pied faible ne leur sert pas uniquement à monter dans le bus.
Maintenant, Maradona reviendra peut être aux principes de Goethals avec la sélection albiceleste en remettant les gauchers à gauche et les droitiers à droite. Finalement peu importe la tactique, entre le gauche et la droite, c’est toujours le talent qui fait la différence. Et cela ne vaut pas que pour le football…



et j’ai oublié de mentionner Samir Nasri qui rentre dans cette catégorie en jouant sur le côté gauche à Arsenal, quel match énormissime il a fait contre MU samedi dernier!
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