Du numéro 4
Le dimanche, le long des mains courantes de nos stades de district, le numéro 4 n’est pas le dossard le plus noble, loin de là. Le numéro 4 est le stoppeur, le cerbère du numéro 9, son opposé.
Par ses buts, le numéro 9, lui, fait lever les foules. Le 4, lui, marque à la culotte, tacle au niveau des genoux, dégage en touche et le seul geste technique qu’il maîtrise est le contrôle américain (un contrôle raté pour les non initiés).
Près de la buvette, on entend que le numéro 4 est un bourrin, qu’il a les pieds carrés. Les habitués de la messe footballistique dominicale tremblent dès lors qu’il décide de monter balle aux pieds.Les experts placés en tribune lui crient: « lâche ton ballon ». Pour le football de clocher, que les énarques et autres apparatchiks de
Evidemment, il ne peut pas en être autrement en France.
Pourtant, le 4 n’est pas considéré partout comme celui qu’on couche sur la feuille de match pour faire le nombre. Dans certains pays, ou plus particulièrement dans certains clubs, le 4 est même le cerveau de l’équipe. Le 4 est le joueur le plus important sur le terrain, le dépositaire du beau jeu.
Ce 4 là n’est pas loin de la défense, il joue juste devant. Ce numéro
Les commentateurs avisés de nos buvettes auraient le souffle plus coupé que leur Ricard s’ils savaient que le 4 est l’émanation même du « football total ».
Le grand Cruijff en personne en est le fil d’Ariane. Inspiré par Rinus Michels, il a exporté la culture du 4 en Catalogne. Cruijff ne jouait pas à ce poste mais il avait compris avant tout le monde l’importance de ce numéro, il portait le 14 afin de montrer sa relation privilégiée avec le 4.
Ce 4 là s’est donc d’abord développé dans des équipes à l’esprit tourné vers l’attaque jouant à 5 derrière en face défensive. Ses amis les plus proches ont été les hommes de couloirs qui de défenseurs se muaient en une seconde en attaquants dès lors que le ballon avait été récupéré.
Au jour d’aujourd’hui (pléonasme exclusivement employé par les fouteux), dans ce monde marqué par la pensée unique de la défense à 4 avec un 4 stoppeur, il évolue maintenant avec grâce comme le véritable meneur de jeu. En effet, il est le plus souvent la réponse à la pénurie de vrais 10 que connaît le football moderne.
Il est souvent qualifié de façon réductrice de milieu défensif alors qu’il rayonne sur toutes les parcelles du terrain. Ce 4 là a le port altier, une vision du jeu globale, une technique de numéro 10 et l’endurance et l’abattage d’un 6. Un sacré numéro en somme. Mais, il ne porte presque jamais le 4 dans le dos mais le 21, le 8 ou le 77. Les numéros ne veulent plus rien dire (soupirs)…
Le nouvel entraîneur du Barça Pep Guardolia est maintenant l’héritier de cette culture car Cruijff avait fait du Guardolia joueur dès son plus jeune âge le cerveau de sa Dream Team dans les années 90.
Guardolia défendait debout, finissait le match avec un short propre et tous les ballons passaient par lui. Il a été le moule utilisé par le centre de formation du Barça pour perpétuer cette tradition avec Xavi, Fabregas et Arteta.
Mais, de nos jours, ce 4 là est rare à trouver en dehors des frontières de
Dans le passé, l’argentin Redondo a été un digne représentant de cette mouvance tout comme le portugais Paolo Sousa. En vieux sage, Rijkaard, au crépuscule de sa carrière, s’est mué dans ce rôle pour gagner une Ligue des Champions avec l’Ajax.
Car, en définitive, qu’importe le chiffre d’or, l’artiste se dévoilera toujours pour faire son numéro.












[…] toujours le même exercice qui mettait en valeur le fameux 4 que j’avais évoqué dans un précédent billet. Deux touches de balle maxi et un joueur au chasuble différent des autres était mis en exergue […]