De la lettre à Karim
Cher Karim,
Ce matin, en te levant après une nuit tourmentée, tu devais avoir un goût amer dans la bouche. Comme moi, tu as pensé, sans doute, que c’était un mauvais rêve voire un cauchemar que l’on oublie vite. La nuit portant conseil, il était, en effet, improbable que tu ne figures pas parmi les 30 meilleurs joueurs de France et, de surcroît, parmi les 9 meilleurs attaquants du Royaume !
Pourtant…
A 21 ans, à l’été dernier, tu signais dans l’un des plus grands club du Monde. Tu complétais l’affiche de ce qui devait être le blockbuster européen de l’année en compagnie de Kaka et de Cristiano Ronaldo, vedettes déjà oscarisées au ballon d’or. Rien que cela ! Adepte de la nouvelle vague, l’ancien producteur des galactiques (par ordre d’apparition à l’écran Figo, Zidane, Ronaldo et Beckham) s’était déplacé, en personne, au domicile familial pour te montrer la confiance que la Maison Blanche voulait placer en toi dans leur projet Hollywoodien. Lors de la pré-saison, durant les répétitions avant le tournage final, tu donnais largement la réplique à l’idole locale, Raul, en terminant d’égal à égal avec lui comme meilleur buteur de l’été avec 5 buts. Florentino Perez déclarait alors que tu étais le meilleur recrutement estival du Real Madrid, loin devant le brésilien et le portugais !

(Tu claquais même la bise à Di Stefano)
Pourtant…
Dix mois plus tard, le film annoncé comme vainqueur assuré du box office a tourné à une mauvaise série B avec l’affront suprême d’avoir été dépassé, au printemps, par un film français à petit budget, dans lequel tu connaissais tous les acteurs et auquel tu aurais pu participer une fois de plus, si tu l’avais souhaité. Tu en es sorti blessé, mais, cet échec, tu l’avais oublié. Oublié aussi, le fait qu’un acteur de Tango t’avait volé la vedette auprès du metteur en scène. L’été venue, tu le savais : tu allais briller de nouveau, comme l’année dernière.
Pourtant…
Hier soir, au moment de l’annonce des nominés par Raymond, TF1 passait pour toi le dernier Almodovar, étreintes brisées. En spécialiste averti du cinéma, Raymond jouait au critique : « Karim a eu une saison très difficile ». Même si tu avais placé tes espoirs plus haut, tu n’as pourtant pas à rougir de tes stats sur cette saison: 14 matchs, 8 buts, 3 passes décisives… Je pense que certains aimeraient bien avoir des saisons très difficiles comme la tienne…Comme toi, peut-être, j’avais souvent été d’accord avec le Raymond sélectionneur. Par contre, les critiques à son égard m’ont souvent paru largement justifiées sur le Raymond tacticien dès lors que l’on parlait d’animation, de système de jeu ou de coaching. Dans la seconde partie de sa critique, il évoquait des « critères pas forcément visibles » mais que lui a vu visiblement. En candide, ne faisant pas partie de ceux qui savent à la DTN, je m’interroge : ne doit-on pas prendre les meilleurs dans une sélection ? Le travail d’un sélectionneur n’est-il pas de faire cohabiter tous les talents au sein du collectif ? Et si problèmes d’égo il y a, la faconde de Raymond lui permet tout de même de vous démontrer que cela ne mène à rien !
Pourtant…
Là où Raymond a raison, c’est quand il dit que tu as du « talent » et que tu as « l’avenir devant toi ». Dommage, cependant, qu’il estime que ton talent se serait envolé entre le 11 juin et le 11 juillet ! Tu n’étais « pas si loin » a-t-il nuancé… En prononçant cette phrase, Raymond a rassuré Del Bosque, Dunga ou Capello, car si tu avais été loin, nos futurs adversaires n’auraient pas fermé l’oeil de la nuit en Afrique du sud. Si tu avais été loin, la FIFA aurait même pu annuler la compétition sur le champ. Cela n’aurait pas valu la peine d’avoir les oreilles cassées pendant un mois par les vuvuzelas si l’équipe de France avaient 30 joueurs avec un talent largemment supérieur au tien. Cependant, notre selectionneur a ajouté qu’après le 1er juin, il pouvait appeler « n’importe qui qui n’est pas dans les trente »… Mais tu n’es pas n’importe qui ! Tu es de ceux qui ont l’étoffe de nos ballons d’or français (Kopa, Platini, Zidane et…Papin) ou du moins de ceux qui ont figuré au podium de ce classement biblique (Giresse, Tigana et… Henry). Dès que tu touches la balle, cela saute aux yeux….
Pourtant…
« Karim va rebondir », a-t-il dit. Là dessus, je te fais confiance car tu es le meilleur d’entre-nous, selon une expression consacrée par un ancien président. En venant de Bordeaux, rassure-toi, Blanc, président lui aussi en son temps, ne peut que le savoir.
Bon, Karim, il faut que je te laisse, je dois écrire aussi à Samir.
Amitiés sportives
Flo











