Après avoir évoqué dans ce blog le Superclasico, Ozibao ne pouvait pas se permettre de vous laisser démuni d’infos, lundi prochain, pour briller en société lors du Clasico tout court. Vous l’avez compris, malgré ce jour de match inhabituel, le premier acte de la saison du duel entre le Barça et le Real Madrid arrive à grand pas. Et aux vues des dernières sorties des blaugranas et des merengues, autant dire que les gars qui seront sur le pré ce soir-là seront plutôt en forme…Bref, c’est le match à ne pas manquer, vous, chers lecteurs amateurs de beau jeu et de belles fringues
.
Afin de vous permettre de retomber sur vos pattes quelque soit la situation où vous vous trouverez lundi soir à 21 heures et de ravir la vedette à Casillas ou à Xavi, nous avons imaginé trois hypothèses pour votre soirée « Clasico ». Pour le match du siècle, ne vous laissez pas emmerder par des imprévus !
Hypothèse 1 : C’est la tuile, votre copine vous rappelle que vous vous étiez engagé, il y a 3 mois visiblement, pour sa soirée retrouvailles avec ses anciens amis de Fac d’Histoire et de Sciences Politiques. Jamais vous n’auriez imaginé que le Clasico tombe un lundi… Vous n’êtes donc pas à blâmer. Mais, dans votre malheur, vous avez de la chance! Arrivé à la sauterie, votre œil aiguisé repère une Télé. Pour motiver l’assistance de ces anciens combattants à suivre le match, habillement, vous pouvez jeter à la volée que le premier affrontement entre Madrid et Barcelone a eu lieu le 13 mai 1902, soit un an après la constitution de la première organisation nationaliste catalane, la Lliga regionalista. Leurs yeux d’historiens commenceront alors à pétiller. Bon, pour les puristes, vous ajouterez quand même que les culés l’avaient emporté 3 à 1.

(Mourinho représenté par Marca comme un personnage de Goya dans le 3 de Mayo)
Votre transition avec la politique est alors toute trouvée. En effet, vous enchainerez sur le fait que les confrontations entre le Real et le Barca ont souvent été placées sous le signe des rivalités régionales et/ou politiques dans ce pays riche et complexe. La Casa Blanca symbolise la Royauté notamment depuis que le roi Alfonso XIII lui a attribué le terme de Real en 1920. En passant, vous étalerez votre connaissance géographique de la péninsule en citant que ce n’est pas le seul club qui a le droit de jouissance de cette particule : Saint Sébastien, Murcie, Saragosse, Majorque, Oviedo… Vous étayerez ensuite votre thèse. Le blanc est la couleur de la Royauté et la couronne des Bourbons figure sur le blason du club de la capitale. Alfonso XIII fut même nommé président d’honneur de l’entité. Vous continuerez. Le club perdit ce titre durant la seconde République de Manuel Azana (1931-1936) mais le récupèrera par la suite. Après la Guerre Civile (1936-1939) et sous la dictature de Franco, le pouvoir a souvent été accusé de favoriser le Real Madrid. En effet, on a souvent affirmé que le caudillo était un fervent supporter du Real Madrid bien qu’il ait été un moment affilié à l’Atletico. Le transfert avorté de Di Stefano en Catalogne ou un match douteux où le Real l’emporta 11-1 au retour après avoir perdu 6-0 à l’aller sont autant d’arguments que vous pourrez apporter à votre moulin, tel Don Quichote. Même Juan Antonio Samaranch, alors conseiller aux sports à la mairie de Barcelone et qui sera présent au côté de Franco lors de sa dernière apparition publique en juillet 1975 ne pourra justifier ce retournement de situation ubuesque lors de ce match en 1940! Vous nuancerez par la suite. Bien que les rivalités sont moins exacerbées depuis le retour de la démocratie de l’autre côté des Pyrénées, la Casa Blanca représente toujours dans l’inconscient collectif le pouvoir central et parfois le conservatisme dans un pays au « fédéralisme à la carte ». Même si cela change car le président du gouvernement actuel, le socialiste José Luis Zapatero, est un partisan affiché du Barça. Des questions ?
Comme tout plan qui se respecte, vous commencerez alors le grand II de votre exposé. Le Barça, lui, symbolise la volonté d’émancipation de la Catalogne face à un Madrid jacobin. Sa devise le montre bien : Mes que un club (Plus qu’un club). Ce positionnement est d’ailleurs toujours bien d’actualité. Pour preuve, l’ancien président Joan Laporta milite pour l’indépendance de cette « nation » et se présente dimanche prochain aux élections au Parlement catalan sous les couleurs du parti Solidaridat Catalana per la Independència.

(L’ancien président du Barça en campagne)
Petit b). Durant le période franquiste (1939-75), le club phare de la cité condal représentait les républicains qui avaient perdu la Guerre Civile et les minorités régionales, et pas seulement catalanes, qui étaient étouffées par le régime central. Le football et le Clasico jouait donc le rôle d’échappatoire pour certains opprimés. Jusqu’en 1953, le président du club était nommé par les administrations de Franco. Le nom du club a d’ailleurs été « espagnolisé » durant cette période et toutes les références à la catalanité ont, elles, été supprimées. Pour contrebalancer un peu ce tableau, une anecdote : le footballeur hongrois Laszlo Kubala qui fit les beaux jours des blaugranas et qui causa bien des malheurs aux merengues dans les années 50 fut quand même autorisé à jouer en Espagne par une intervention de Franco…
Après cela, Ozibao vous l’assure, tous les convives ne perdront pas une miette du choc entre CR7 et Messi!
Hypothèse 2 : Votre couple d’amis échangistes préférés et statisticiens de leur état sonne à votre porte à l’improviste à 20h45. Vous aurez alors besoin de trouver rapidement une parade afin de pouvoir les passionner pendant le match. Lors de la première mi-temps, vous citerez tous les joueurs qui ont milité pour les deux entités : Luis Enrique, Ronaldo, Luis Milla, Ricardo Zamora, Bernd Schuster, Georghe Hagi, Javier Saviola, Robert Prosineki et même le français Lucien Muller…Voulant intégrer un caractère cochon à vos propos, vous raconterez le passage échangiste le plus torride en évoquant le cas de Luis Figo. En effet, fin 2000, le portugais, alors Ballon d’or, revient au Nou Camp sous les couleurs du Real et le stade a émis alors, à chacun de ses touchers de balle, un cri rauque équivalent à un Boeing au décollage (selon des mesures de journalistes sportifs)! Vous continuerez à faire monter la sauce. En 2002, lors d’un clasico au Bernabeu, les culés lancèrent à leur ancien capitaine un cochon au moment où il s’apprêtait à tirer un corner…

(Figo, tête de lard ?)
Mourinho, lui-même, ce beau gosse sur le banc, a pratiqué cet échangisme car il a été l’entraîneur adjoint au Barça dans les années 90… Puis, pas de bon Clasico, sans polémique, sans déchirement. Avec délectation, vous ferez allusion au scandale qui touche la petite amie de Cristiano Ronaldo à qui le magazine GQ aurait enlevé grâce à photoshop son string sur des photos. Une tentative de déstabilisation? Nous vous laissons seul juge :

(Une des photos du scandale)
Lors de la seconde mi-temps, vous sortirez des bonnes vielles stats de votre mémoire. La victoire historique du Real en 95 sur le score de 5-0 avec le fameux triplé de Zamorano et avec Laudrup qui venait juste d’échanger de maillot à ce moment là (tiens lui aussi
). Ce danois-là, Michael, pas Brian, qui est le seul joueur avoir gagné 5-0 un Clasico dans les deux équipes. Vous évoquerez ensuite le 0-2 au Camp Nou en demi-finale de la Ligue des Champions 2002 avec le superbe lob de Zizou. Mais, vous ne serrez pas en reste avec les chiffres sur le Barça. Le 0-3 au Bernabeu et la sortie de Ronaldihno au sommet de son art sous les vivas et les olés du stade du Real. Ou le 2-6 en 2009, toujours avenue de la Castellana, avec le doublé de Messi et celui de Thierry Henry…
Bon, si les arrêts de jeu s’éternisent, vous pourrez leur conseiller la lecture d’un ancien post, De Football et Mathématique. Ozibao ne vous laissera jamais tomber.
Hypohèse 3 : Vous vous retrouvez dans un bar à côté d’un gars qui est là par hasard et qui commence par vous demander pour se la jouer expert : il joue Raul ce soir ? Là, la mission est ardue. Vous avez 90 minutes (on lui laissera la mi-temps pour assimiler) pour lui apprendre les bases. Bien qu’étant deux clubs à part, vous débuterez la leçon en lui apprenant que le Barça et le Real ne sont pas les seuls clubs qui ont pour base le système des socios. L’Athletic Bilbao et Osasuna Pampelune fonctionnent aussi ainsi. Ensuite, vous lui apprendrez la constitution de la Quinta del Buitre (le 5 du vautour), ces 5 joueurs formés au Real qui ont remporté 5 titres de Liga entre 1986 et 1990 : le vautour lui-même, Emilio Butrageno, Michel, Rafael Martin Vazquez, Manuel Sanchis et celui qu’on oublie toujours comme le troisième roi mage, Miguel Pardeza. Enfin, vous lui ferez réciter la composition de l’équipe du Barça vainqueur de sa première C1 en 1992, la Dream Team de Cruyff : Zubizarreta, Ferrer, Koeman… Puis celle du Real en 1998 en finale à Amsterdam contre la Juve : Illgner, Panucci, Hierro…
A chaque erreur, votre candide devra recommencer depuis le début. Avec ce programme dense, normalement vous pourrez suivre votre match peinard jusqu’à la fin.
Après tout cela, il ne nous reste plus qu’à vous dire : bon Clasico et que le meilleur gagne !
Flo