De la politique du gouvernement appliquée au football
Entre deux romans, l’écrivain espagnol Javier Marias eut cette pensée : « Dans le football, mieux vaut laisser la politique de côté. Car si on y prêtait attention, je ne sais pas si l’on pourrait supporter la moindre équipe. Et dans ce sport, rien n’est plus ennuyeux que de ne soutenir personne ou d’être contre tout le monde ».
Ne vous inquiétez pas ! Ozibao ne va pas vous parler du renouveau de la littérature espagnole au début des années 90 et de l’influence de Marias sur cette période. Votre T-shop préféré vous propose plutôt de prolonger et d’étayer la réflexion de cet intellectuel ibère en tentant d’imaginer une application stricto sensu de la politique gouvernementale actuelle au microcosme du football français. Pour faire simple, en France, Javier Marias aurait-il raison ? Football et politique feraient-ils bon ménage ?
Pour commencer, le locataire de l’Élysée, ne voulant faire fi de ses origines, imposerait comme modèle à la DTN (Direction Technique Nationale) la grande équipe de Hongrie d’après-guerre, la fameuse « Équipe d’or » (Puskas, Kocsis, Czibor..). Il le justifierait au patron de la FFF : « Rien n’est plus Bling Bling que l’or ! ». Dès lors, les Bleus se devraient de jouer implacablement en 4-2-4 pour ne plus avoir leurs miracles en berne. De plus, pour restaurer l’image désastreuse des Bleus de Blanc, le publicitaire Jacques Séguéla se verrait chargé de mettre en place une campagne pour redonner à l’équipe nationale sa force tranquille. Dans les vestiaires à côté de Laporte, la lettre du résistant Guy Môquet serait affichée avant chaque match.

(SandOR Kocsis ou « Tête d’or »)
Des émissaires du gouvernement se déplaceraient à Madrid pour voir Karim Benzema afin de lui faire passer le message suivant : « Jouez plus, pour gagner plus ». Ils iraient aussi prêcher la bonne parole à Munich ou à Rome. Afin d’éviter l’exode de nos élites footballistiques vers l’étranger, des hommes de Bercy viendraient à Clairefontaine expliquer au tableau noir la tactique dite du « bouclier fiscal » car nos footballeurs le valent bien et ne sont pas tous obligés d’aller au Real. En leur enlevant de la pression filiale, la loi TEPA, qui allège les droits de successions, rendrait aussi plus facile l’éclosion et la réussite dans le métier des descendants d’anciennes gloires (Thibault Giresse, Benjamin Genghini, Enzo Zidane…). Le RSA permettrait à des footballeurs mis au banc du marché (Robert Pirès, Sylvain Wiltord) de rester dignes et de s’entretenir physiquement jusqu’au prochain appel du Pôle Emploi.
La réforme des retraites votée, l’âge légal de l’arrêt de carrière se verrait rallonger à 62 ans afin d’aligner le football sur le régime général du privé. Conséquences immédiates : Zidane, Dessailly, Platini, Fernandez ou encore JPP et Canto seraient de retour aux affaires sur le terrain. Marius Trésor reprendrait du service en défense à deux ans de la quille. Tout juste retiré de TF1, Jean-Michel Larqué soufflerait : il a 63 ans. De toute façon, l’argument de pénibilité du travail auprès de Christian Jeanpierre lui aurait été accordé. Seuls Raymond Kopa et Just Fontaine pourraient faire valoir leurs droits à la retraite. Une politique d’ouverture serait alors possible pour former la meilleure sélection possible entre la génération 84 et celle de 98.

(Après Raymond, c’est Éric qui sort Zizou de sa retraite)
A la tribune de la FIFA, le président de la République affirmerait qu’il faut taxer à la Tobin les transferts internationaux des joueurs afin de pouvoir lutter contre les déficits chroniques et résorber la dette des clubs. A la FFF, au bien nommé boulevard de Grenelle, lors des états généraux du football français, il proposerait d’imposer à l’équipe de France un service minimum (quart de finale) lors des compétitions internationales. Ne voulant plus revivre l’épisode du bus de Knysna, il affirmerait en clôture de son discours : « Désormais en France, quand il y aura une grève, plus personne ne s’en apercevra ».
S’opposant à Viviane Reding qui, il y a quelques années sous la Commission Prodi avait travaillé sur la régulation du marché des transferts dans le foot, le gouvernement déclarerait vouloir encadrer les transferts venant de l’AS Rom. Il militerait aussi pour une politique de transferts choisis et non plus subis comme Brandao à l’OM, Sammy Traoré au PSG ou Bafé Gomis à l’OL. La politique serait durcie pour les joueurs d’origine roumaine en position irrégulière. Ainsi, par exemple, l’attaquant Niculae recevrait un carton rouge synonyme d’expulsion à chaque hors-jeu. Suite aux différents scandales qui ont éclaboussé le football français, il serait fait place à la tolérance zéro. En effet, un loi serait votée pour déchoir de la nationalité française les polygames ou les joueurs qui s’attaqueraient violemment aux forces de l’ordre (arbitres) lors d’une rencontre. Par ailleurs, une politique de réhabilitation des anciens combattants africains permettrait de remettre à leur juste place auprès de leurs anciens frères d’armes des grands joueurs comme Larbi Ben Barek au panthéon du foot français. Dans une politique de concorde nationale, une vague de régularisation de certains sans-papiers de convocation (Evra, Anelka…) serait ouverte après étude au cas par cas de chaque dossier.
(Larbi Ben Barek ou la « perle noire »)
Enfin, un nouveau règlement imposerait aux clubs d’installer des pelouses synthétiques afin de pouvoir les nettoyer plus facilement au Karcher et de mettre fin aux Garden Party trop coûteuses.
En guise de conclusion de cet exercice de politique appliquée, nous citerons le leader du groupe de rock Luke, Thomas Boulard : « Je préfère la conscience politique des footballeurs à la conscience footballistique des politiques ».
Flo










