Panem et circenses…
Combien de fois ais-je entendu ce refrain? Le sport, et le football en particulier, comme résurgence de ces jeux romains durant lesquels la vile plèbe, flattée dans ces bas instincts, serait apaisée. Un spectacle grandiose contre la promesse d’une paix sociale, fragile certes, mais vivement souhaitée. Car déjà le spectacle était étroitement lié au politique.
Des Empereurs qui organisaient des fêtes de plus en plus fastueuses, de plus en plus longues et de plus en plus fréquentes, et qui parfois descendaient eux-mêmes dans l’arène, se mettant en scène dans des combats que l’on devine épiques (ainsi l’Empereur Commode - oui, oui, celui du film Gladiateur- se présenta dans l’amphitéâtre déguisé en Hercule)…
Le pouvoir impérial cherchait notamment, à travers ces jeux, un appui populaire puissant afin d’affaiblir les différentes factions politiques. Démagogie, démagogie, quand tu nous tiens… Dès lors, il se trouva des individus pour critiquer cette situation. Certains notables et intellectuels craignants, entre autre, de perdre leurs prérogatives si d’aventure le peuple se mêle de la chose politique.
Au II siècle de notre ère, Juvénal (poète satirique présenté comme un intellectuel romain hostile au mouvement sportif -cf wikipédia) lachera ainsi cette très fameuse expression, qui traversera l’histoire et demeurera associée à l’idée que nous nous faisons de la civilisation romaine antique: «du pain et des jeux».
Ce qui est intéressant dans le cas de ces jeux, c’est la vision , le regard que nous portons désormais sur ces manifestations, permis par un certain recul historique.
On constate ainsi d’une part que les liaisons que peuvent entretenir les sphères politiques avec le monde du spectacle ne sont pas une spécificité de notre époque. Que dans bien des cas, elles sont recherchées, et que par conséquent, s’efforcer de les nier est, à mon sens, une stupidité.
Ainsi, la formule désormais consacrée, que nous avons entendu tout l’été à l’approche de l’olympiade pékinoise, «il ne faut pas politiser les jeux», est une anêrie, et d’ailleurs personne ne fût dupe (surtout pas le gouvernement chinois).
Cette politisation du spectacle se manifestera ainsi très certainement lors de la prochaine rencontre de l’équipe de France en match amical contre la Tunisie le 14 Octobre, et comment pourrait-il en être autrement?
Car comme le souligne un article du magazine web de So Foot, «socio-politiquement l’affrontement est riche en symbole». Et bien oui, la politique est partout… Au Palais Bourbon, dans votre salon, et elle s’invite même au stade!
Le second constat, qui pour moi est le plus intéressant, c’est le déplacement du champ culturel qui s’opère à travers notre relation au temps. Ce qui était pour certains intellectuels romains un amusement populaire vulgaire, trivial, est devenu pour nous un objet de recherches, d’études.
Cette pratique «barbare» est devenue pratique culturelle, riches en renseignements pour les connaissances que nous avons de cette civilisation, témoignage d’un passé révolu. Telle la politique, la culture est donc omniprésente dans une société. Il ne s’agit pas seulement de littérature, de cinéma ou de la dernière exposition au musée des Arts premiers, quai Branly.
Je doute d’ailleurs que ce bon Juvénal puisse un jour compter autant de lecteurs que le Colisée à eu de visiteurs. Mais où va se nicher la culture?
Pour information, il est amusant d’observer qu’aujourd’hui, l’une des attractions touristiques majeures de l’ancienne Urbs reste le très célèbre amphitéâtre flavien, plus connu sous son pseudonyme de Colisée.
Chaque année, des milliers de visiteurs se pressent pour visiter cette œuvre architecturale bâtie entre 70 et 80, symbole de la Rome Impériale. Grâce à cet édifice remarquable, témoin d’une architecture et d’une ingénierie extraordinaire, on peut se vanter d’aller au stade comme on va au musée…












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